Instrumentalisation

12 Jan

Évidemment quand on parle d’immigration et de droit d’asile dans la France actuelle, on ouvre des vannes passionnelles qui empêchent toute approche  raisonnée. La récente circulaire du ministre de l’intérieur permettant d’entrer dans les centres d’hébergement pour reçenser ou trier les occupants ne pouvait échapper à la règle. Ce ballon d’essai avant la loi en préparation sur le sujet, nous a aussitôt   offert les envolées des pour et des contre . Chaque camp sait faire monter la sauce et les calculs politiques ne sont pas en reste. Le président de la république sait fort bien que cette thématique de durcissement est payante dans l’opinion. En s’en emparant sous ce prisme il raréfie l’oxygène  de   la droite et du   Front National pour élargir sa base d’opinions favorables. C’est la force des mots pour couvrir des actions qui ne suivront pas la véhémence des postures affichées. Car il est impossible de raccompagner toutes les personnes déboutées du droit d’asile par manque de moyens financiers logistiques et humains. De surcroît nous sommes dans un état de droit  signataire de multiples conventions internationales qui  entravent juridiquement  toute dérive étatique. Mais par dessus tout il y a des principes d’accueil qui font notre grandeur. Ils permettent de ne pas verser dans les séduisants dangers d’un populisme qui fait spontanément de celui qui arrive sur notre territoire en fuyant la misère ou la guerre, un ennemi  irréductible. Au delà des instrumentalisations il faut parler calme en prenant en compte les réalités concrètes de ce qui se vit sur le terrain. On ne va pas faire des charters ou des convois massifs d’indésirables qu’on va bouter hors de nos frontières de manière efficace. Beaucoup de ceux qui n’obtiendront pas l’asile commme nombre de personnes en situation irreguliere depuis des années ne partiront pas !  Dire l’inverse relève de la fumisterie.  Sans contester systématiquement la légalité  des reconduites hors du pays, nous devons surtout  rester fidèle a notre tradition d’hospitalité en évitant de faire miroitier l’irréalisable pour  répondre aux peurs et aux stéréotypes faciles. Car même si c’est  dérangeant à entendre, nous sommes loin de faire le maximum en matière d’accueil des immigrés et des refugiés dans la Cinquième puissance mondiale.

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Du calme !

27 Déc

Tous les feux semblent au vert pour Emmanuel Macron. Sa côte est remontée dans les sondages d’opinion , chose très rare sous la Cinquième république, au plan jnternational il présente bien, et on le désigne même comme le futur leader de l’Union européenne. Cet élan tient-il davantage des qualités du chef de l’état que des circonstances ultra favorables qui l’ont amené à l’Elysée ? Après tout la question n’a rien du crime de lèse-majesté même en monarchie jupitérienne. Le sentiment de nouveauté indéniable claironné partout  s’est beaucoup traduit pour l’instant sur  le plan des images. Le couple présidentiel fait régulièrement la une des médias car  il incarne un certain glamour dont sont avides les magazines people et malheureusement une bonne partie de la presse d’information. La récente interview courtisane de Laurent Delahousse sur le service public, véritable déni de journalisme, en est hélas un triste exemple. Et que dire du baptêmepar Brigitte Macron du panda au zoo de Beauval  couvert avec un excès qui peut interpeller ? La récente tournée africaine a été exagérement rapportée à travers  les attitudes  un tantinet paternalistes du président, au détriment des questions essentielles qui taraudent les foules de ce continent.  Rien de surprenant puisqu’il est difficile en pleine  Macronmania de faire  sereinement  la différence entre le superficiel et ce qui transforme la société de manière significative. Et si on attendait un peu ? Les réformes du monde du travail seront elles un pari forcément gagnant ? seul l’avenir le dira. La belle prestance internationale au delà de la jeunesse flamboyante et d’un anglais maitrisé nous  donnera-t-elle plus d’influence sur les grandes crises internationales ? Wait and  See ! Sur l’immigration le discours de fermeté prend-t-il en compte les conventions internationales et le rôle de la justice européenne ? Le contrôle plus sévère des demandeurs d’emplois est-il un  moyen efficace de lutte contre le chômage ?  Autant de questions parmis d’autres qui nous diront quelle empreinte Emmanuel Macron au-delà de ses qualités réelles et attribuées, laissera dans l’histoire. Pour l’instant restons calmes et jugeons son action sans idolâtrie excessive et prématurée.

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Incendiaire

14 Déc

C’est plus fort que lui !Alain Finkielkraut ne peut s’empêcher de jouer les incendiaires sur les questions identitaires. Régulièrement il fait une sortie insidieuse qu’il habille d’analyse sociologique et philosophique pour ne pas être taxé de pulsions discriminatoires. Pour un esprit brillant comme le sien, il est facile de se draper dans sa liberté d’expression   pour décocher des flèches sur la diversité de la communauté nationale. Dernière saillie de cet académicien, l’absence des français « non souchiens » dans la rue lors des obsèques  de Johnny Halliday. Le propos est provocateur à dessein pour celui qui fustigea jadis une équipe de France de football black black black. Mais comment peut on utiliser la mort d’un artiste pour décréter une telle ignominie ? Aveuglé par son obsession de la non intégration de ceux qui possèdent des origines  « non gauloises », notre philosophe ne sait pas (parce que cela l’arrange) que la jeunesse africaine des années soixante pour ne citer qu’elle était fan des tubes de l’idole des jeunes, et que ce dernier effectua plusieurs tournées à succès sur ce continent dont nombre d’habitants aujourd’hui encore fredonnent les chansons.. Pour justifier son attaque gratuite Alain Finkielkraut feint également d’ignorer que les goûts musicaux ne connaissent pas de frontières. Et pour cause il fait partie de ces assimilationnistes à deux balles, qui veulent imposer un nationalement correct,  sous les fourches caudines duquel il faut passer pour avoir le label de français non soupçonnable,  Malheur à ceux qui  ne rentrent pas dans ce cadre car ils représentent forcément les forces du communautarisme néfaste. Finkielkraut oui Rokhaya Diallo non fermez le ban !On retrouve le même schéma argumentaire dans certains discours politiques,  qui se veulent protecteurs des valeurs républicaines en pointant systématiquement du doigt certaines franges de la population.  La ficelle est grosse mais rencontre des échos favorables dans l’opinion ne le nions pas. Raison de plus pour la combattre sans répit. Car qui  peut sérieusement catégoriser le public d’une icône comme Johnny sur un simple ressenti visuel à un moment donné ? De plus qu’est ce que un tel constat amène de positif dans le débat sur le vivre ensemble ? La réponse est simple : rien du tout. Alain Finkielkraut a raté une belle occasion de se taire. Malheureusement les pyromanes de son espèce, sont toujours à la recherche d’allumettes et de pétards mouillés. Et Il n’y a rien à faire contre le mal incurable qui les ronge.

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Douleur

20 Nov

Peu d’africains noirs sont tombés de leurs chaises devant les images esclavagistes venues de Libye car les déboires des migrants dans ces régions de passage sont souvent décriés. Ils  se nourissent des  ingrédients qui conduisent à l’exploitation des hommes depuis toujours : le sentiment de supériorité, la force, l’appât du gain et le racisme.  Or les migrants qui veulent rejoindre l’Europe en passant par la Libye, se retrouvent dans une situation de dépendance, qui ouvre aux passeurs la porte de toutes ces relations immondes, dans un pays en proie au chaos après l’intervention occidentale. Si les populations africaines réagissent avec virulence depuis quelques jours c’est qu’au-delà de l’indignation légitime, il y a  la douleur mémorielle des traites et des exploitations coloniales en tous genres qui transparaît derrière ces hommes vendus. Certes le continent africain n’est pas le seul à avoir subi les ravages de l’esclavage, mais il demeure de loin  celui qui en a payé le prix le plus lourd durant des siècles. Et de nos jours encore le combat pour la dignité  de ses fils est loin de s’achever. Il existe dans de nombreux pays occidentaux du Maghreb et du Moyen Orient, une échelle d’attitudes qui vont  de la condescendance paternaliste à la haine la plus violente en passant par les discriminations de toutes sortes. Même s’ il est réducteur de généraliser  la lucidité s’impose : derrière  l’égalité juridiquement proclamée de tous les hommes, se cache encore l’inégalité  attribuée par l’histoire, les représentations  et les outils de domination politique et économique, à des hommes en raison de leurs apparences et de leurs origines. Les faits rapportés par CNN ne font donc qu’illustrer les  obstacles que les personnes à peau noire doivent affronter  au quotidien dans certains contextes. Pour autant les fautifs ne sont pas dans un seul camp. Les dirigeants des pays de départ restent pour beaucoup des exploiteurs soumis à l’Occident et incapables de subvenir aux besoins de base de leurs peuples. Conséquence de leurs incuries : ils se remplissent les poches et demeurent  sourds aux cris de leurs concitoyens qu’ils n’hésitent pas à bâillonner quand ils protestent. Les cohortes de « damnés libyens »  qui veulent rejoindre une Europe tétanisée par la peur de l’envahissement, au point de payer des états periphériques pour se protéger, sont à la fois les oubliés de leurs responsables politiques  et  les proies des nouveaux négriers, qui opèrent en toute impunité.   Le soulèvement de tous ceux qui les soutiennent, quelles que soient leurs origines, est une colère légitime face à un crime contre l’humanité.  Elle doit s’amplifier car un être humain ne se négocie pas pour quelques centaines d’euros !

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Perpétuité

10 Nov

La peur et le climat ambiant poussant à tous les replis, on entend hurler à l’injustice devant la décision des magistrats de ne pas avoir infligé la perpétuité à Abdelkader Merah. Or si horribles que soient les crimes d’un individu il a le droit d’être défendu devant une juridiction. Nous ne vivons pas dans une société où le sentiment collectif se substitue au code pénal.  Dire le droit ce n’est pas livrer automatiquement la tête d’un coupable au bout d’une pique, pour satisfaire la vengeance des foules. Au nom de quel raccourci imbécile peut on un seul instant penser qu’Éric Dupont Moretti et les autres avocats  de la défense  éprouvent la moindre empathie pour les horreurs perpétrées directement ou indirectement par les frères Merah ? Au nom de quelle illégitimité peut on les accuser d’indécence dans leurs plaidoiries ? Rappelons avec force qu’ un procès n’est ni un réferendum ni un plébiscite, mais un moment sacré où seuls le recul et le professionnalisme doivent régner de maniere absolue et incontournable. Rien ne guérira  la peine éternelle des proches de tous ceux qui ont péri dans les attaques terroristes. Mais le respect mille fois légitime que  nous inspire leur douleur, ne doit jamais effacer nos principes et nos valeurs en réclamant une loi du talion inadmissible en démocratie.  Et Éric Dupont Moretti a eu raison de le marteler en déclarant fort à propos que «  le sang, les larmes, c’est le moyen choisi par les terroristes pour nous soumettre…pour nous faire abandonner notre mode de vie, de penser, et de juger »  Malheureusement le frêle vent  de la lucidité a du mal à résister aux bourrasques émotionnelles qui submergent actuellement les perceptions de l’opinion sur les questions  sécuritaires  et leurs conséquences dramatiques.

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Adaptation

25 Oct

Après le décollage voici venu le temps de la vitesse de croisière pour Emmanuel Macron. Il ne s’agit plus de clamer sur tous les fronts, que les attitudes et les hommes du passé sont définitivement consignés dans les coulisses de l’histoire, mais d’installer un fonctionnement efficace pour rester crédible. Et cela implique des signes et des symboles qui rassurent et rassemblent. D’où un recours à des recettes traditionnelles qui ont fait leurs preuves. Même s’il s’est voulu au départ seul maître de sa parole, le nouveau président a fini par se soumettre au traditionnel exercice de la grande interview télévisée,  car ce rendez vous régulier porte une dimension incontournable pour tout hôte de l’Élysée. De même le qualificatif de « président des riches » qui lui colle à la peau, va le forcer à mieux expliquer  des mesures fiscales et des choix économiques jugés discriminants par une partie de l’opinion. Dans ces réajustements pour mieux affronter les vents contraires et les tempêtes qui croisent tout sillage présidentiel, il lui faudra de bons capitaines à tous les niveaux, pour tenir ferme la barre des grandes réformes qu’il entend imposer au pays. D’où le glissement de Christophe Castaner du gouvernement aux rênes  d’En Marche, pour consolider la place centrale du parti dans un paysage politique chamboulé depuis quelques mois. Ce rattrapage des contraintes du quotidien se ressent également en politique internationale. Comme ses prédécesseurs Emmanuel Macron devra recevoir et rencontrer des dictateurs de tous ordres, realpolitik  oblige ! Certes il conservera  un discours aux accents fermes sur les droits de l’homme et la démocratie, mais en tenant compte de la géopolitique. Car c’est cette dernière seule qui indique aux états et à leurs dirigeants, où et quand ils peuvent tonner et où et quand ils  ne peuvent que murmurer voire se taire. De même sur le plan intérieur il faut s’attendre à des inflexions voire des revirements sur certains sujets de société au fil  du quinquennat.  C’est ce qui s’appelle habiter la fonction entre théorie et pratique. Lire la suite

Prospections

19 Sep

 

De multiples prospections  se déroulent actuellement au sein du paysage politique. Il s’agit  de faire du nouveau avec des hommes et des femmes qui appartiennent dejà au sérail. Car si l’avènement  d’En Marche a amené de nouvelles têtes, ceux et celles qui se trouvaient en place n’ont pas décidé pour autant de se saborder. Ils cherchent plutôt comment adapter leur visibilité et leurs tactiques de reconquête au nouveau contexte. Le temps du dégagisme à tout va  est passé et les batailles idéologiques reprennent droit de cité.   Il y a donc un retour aux fondamentaux français  après les bouleversements provoqués par l’irruption du nouveau président. Ce dernier d’ailleurs se consume de plus en plus dans les sondages, car il ne pouvait rester éternellement sur les sommets  de popularité atteints au  printemps. Désormais confronté à la pratique du pouvoir, le chef de l’Etat cherche encore le juste positionnement comme la  maîtrise des mots et des signes envoyés au pays. Loué au printemps  Emmanuel Macron subit désormais les tanguages de l’automne. Face à lui ses  opposants comme ses soutiens veulent  regagner une partie du terrain perdu lors des présidentielles et des législatives. Du Front national aux Insoumis en passant par les Républicains c’ est l’heure des façades repeintes et des nouveaux aménagements. On change  les noms des partis. Des formations  se reunifient à l’image des Radicaux, d’autres se scindent, des courants naissent, certains chefs comme Marine le Pen sont contestés. D’autres comme Nicolas Dupont Aignan cherchent des strapontins sur l’avant scène Bref tout le monde veut faire du neuf avec de l’ancien pour se démarquer coûte que coûte de l’Elysée. Alors chacun prospecte en espérant trouver le bon filon. La  campagne de 2022 a bel et bien commencée